Le soleil des Scorta, de Laurent Gaudé, Actes Sud, 2004, 247 pages, 19€, 9782742751419. (Existe aussi en version poche J'ai Lu à 5.60€) Prix Goncourt 2004.

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Résumé (de l'éditeur):

Sous le soleil écrasant du Sud italien, le sang des Scorta transmet, de père en fils, l'orgueil indomptable, la démence et la rage de vivre de ceux qui, seuls, défient un destin retors.

Un homme avance sur sa mule dans un paysage pétrifié de chaleur, sous l'implacable soleil des Pouilles, en direction du minuscule village de Montepuccio, où il vient assouvir, au risque d'y perdre la vie, son désir et sa vengeance. Ses fautes de jeunesse - vols, violences, crimes de toutes sortes -, il les a payées de dix-sept ans de prison. Désormais libre, il entend bien, de gré ou de force, faire sienne une femme que dans sa jeunesse il convoitait.
De cette vengeance - on pourrait même dire : de cette scène primitive - va surgir la lignée des Scorta, une famille de "pouilleux" marqués par l'opprobre et la faute originelle, mais qui peu à peu, sur quatre générations, parvient à subsister, à planter ses racines dans un sol fruste, à saisir sa chance, transmettre ses valeurs et s'accorder aux beautés de sa terre natale
L'histoire de la famille Scorta se déroule sur un siècle (1870 à nos jours). Elle prend le double aspect d'un récit "objectif" et linéaire que viennent scander les soliloques d'un des personnages, Carmela, vieillarde qui, avant de perdre la mémoire, se hâte de confier à l'ancien curé de Montepuccio ce qu'elle n'a pu encore raconter à personne : son voyage à New York avec ses frères, la création du bureau de tabac de Montepuccio, et plus largement sa vision subjective de l'aventure des Scorta.
Car ce roman puissamment sudiste et solaire n'est nullement, au sens où on l'entend couramment, une "saga familiale". Marqué par la force de la parole, par la sincérité des personnages, par l'humilité et l'obstination des gens simples, par la recherche et la connaissance des joies élémentaires, le nouveau livre de Laurent Gaudé entrelace les destins comme les voix d'un hymne étincelant d'humanisme.

 

Mon avis:

Je referme le livre, et c'est comme si je quittais une salle de cinéma après un film dépaysant, sombre et poignant... Groggy et écrasée par le soleil des Pouilles, les chaussures pleines de la poussière des rues de Montepuccio. Quelle singulière histoire que celle des Scorta! Né d'un père brigand, Rocco Scorta Mascalzone engendre 3 enfants, et c'est leurs destins et ceux de leurs propres enfants que l'on suit au fil des ans.

J'ai beaucoup aimé ce livre, même si les personnages sont durs, parfois presque fous. J'ai eu du mal à m'y attacher, mais l'auteur donne une réelle profondeur humaine à ces hommes et femmes, et même si ce sont des êtres fictifs, on s'attendrait presque à croiser leurs noms dans un cimetière abandonné au fond d'un vieux village italien.

Laurent Gaudé sait décidément à la perfection dresser des portraits marquants en quelques mots, planter un décor en quelques phrases, et créer une atmosphère particulière en quelques pages.

Il manque à mon goût quelques pincées d'optimisme, sans même parler d'espoir, et plus on avance dans le roman, plus on s'enfonce dans une sorte de spirale du destin qui s'acharne sur une famille. Le dernier chapitre permet tout de même de reprendre une bouffée d'air plus en légereté.

C'est le second livre de cet auteur que je lis, après La Mort du Roi Tsongor, et j'ai bien envie d'en tenter d'autres! 

 

Quelques extraits, pour le plaisir...:

" C’est ainsi que naquit la lignée des Mascalzone. D’une erreur. D’un malentendu. D’un père vaurien, assassiné deux heures après son étreinte, et d’une vieille fille qui s’ouvrait à un homme pour la première fois. C’est ainsi que naquit la famille des Mascalzone. D’un homme qui s’était trompé. Et d’une femme qui avait consenti à ce mensonge parce que le désir lui faisait claquer les genoux. Une famille devait naître de ce jour de soleil brûlant parce que le destin avait envie de jouer avec les hommes, comme les chats le font parfois, du bout de la patte, avec des oiseaux blessés." (p.29)"

"Nous n'avons pas de parents. Nous sommes les Scorta. Tous les quatre. Nous en avons décidé ainsi. C'est ce nom qui nous tiendra chaud désormais." (p.79)

"Rien ne rassasie les Scorta. Le désir éternel de manger le ciel et de boire les étoiles" (p.246)

 

Lu dans le cadre du challenge "Un mot, des titres" sur Livraddict. Mot SOLEIL.

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