La liste de mes envies, de Grégoire Delacourt, Editions JC. Lattès, 2012, 220 pages, 16€, 9782709638180.

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Résumé:

Jocelyne, dite Jo, rêvait d’être styliste à Paris. Elle est mercière à Arras. Elle aime les jolies silhouettes mais n’a pas tout à fait la taille mannequin. Elle aime les livres et écrit un blog de couturière. Sa mère lui manque et toutes les six minutes son père, malade, oublie sa vie. Elle attendait le prince charmant et c’est Jocelyn, dit Jo, qui s’est présenté. Ils ont eu deux enfants, perdu un ange, et ce deuil a déréglé les choses entre eux. Jo (le mari) est devenu cruel et Jo (l’épouse) a courbé l’échine. Elle est restée. Son amour et sa patience ont eu raison de la méchanceté. Jusqu’au jour où, grâce aux voisines, les jolies jumelles de Coiff’Esthétique, 18 547.301,€ lui tombent dessus. Ce jour-là, elle gagne beaucoup. Peut-être.

Mon avis:

Je tiens tout d'abord à remercier les éditions JC Lattès et Livraddict pour ce partenariat qui m'a permis de découvrir un vrai petit bijou! Rien que le résumé m'a séduite, et colle parfaitement à ce blog.

En effet, Jo tient une petite mercerie à Arras, et également un blog qui connaît un beau succès, sur lequel elle partage sa vie de couturière... Mais l'essentiel du roman tourne autour de sa relation avec son mari, ses enfants et sa famille.

Il est très difficile de parler de ce livre, car toute l'atmosphère est créée par l'écriture ciselée, maîtrisée et déstabilisante de l'auteur. Il se fond dans le corps de Jo, et en épouse chaque repli, jusqu'à son âme. J'admire toujours ces auteurs masculins qui dépeignent avec justesse et sensibilité les émotions des femmes, sans tomber dans un pathos exagéré, ou des clichés conformistes. Rien que pour cela, ce livre mérite le détour.

Mais au-delà de la forme, le fond est tout aussi juste. L'histoire de Jo, ses faiblesses, ses forces, ses peurs, ses peines, ses manques et ses bonheurs nous sont offerts en bouquet. Parfois emmêlées, enchevêtrement de pensées spontanées, sans filtre, parfois clairement analysées, froidement et implacablement couchées sur le papier, ses émotions nous touchent, nous parlent...

Le livre est en deux temps, l'avant et l'après gain. La première partie baigne dans une douce résignation, ou plus précisément une acceptation de sa vie, qui ne colle pas vraiment à ses rêves de jeune fille, mais de laquelle elle a ses repères, ses bonheurs, ses amies, ses amours... Elle regrette parfois ce qu'elle a perdu, ce qu'elle a râté. Mais dans la deuxième partie, alors que l'angoisse et la trahison surviennent, elle souffre profondément de la perte de ce bonheur qu'elle avait parfois du mal à voir. Elle témoigne de cette idée souvent mal comprise qu'on apprécie ce que l'on avait une fois seulement qu'on l'a perdu. Mais l'écriture toujours surprenante de l'auteur, les changement de point de vue, les dialogues inséré dans le fil de la narration, les listes des envies de Jo, tout cela évite l'écueil du pathos étouffant de certains romans devant le cynisme de la vie.

Ce livre nous pousse aussi à une réflexion sur la réalisation de soi, sur les notions parfois confuses de besoins ou d'envies, sur la justesse des sentiments... Jocelyne est une femme a découvrir, et ces quelques pages de sa vie vous toucheront, j'en suis sûre!

Difficile de sélectionner des extraits tant chaque page est réussie! Une seule solution, lire le livre!

"Je n'ai pas la grâce de celles à qui l'on murmure de longues phrases, avec des soupirs en guise de ponctuation; non. J'appelle plutôt la phrase courte. La formule brutale. L'os du désir, sans la couenne; sans le gras confortable."

"A la maison, je relis la liste de mes esoins et il m'apparaît que la richesse serait de pouvoir acheter tout ce qui y figure en une fois [...]Rentrer avec toutes les choses de la liste, détruire la liste et se dire ça y est, je n'ai plus de besoins. Je n'ai plus que des envies désormais. Que des envies.
Mais ça n'arrive jamais.
Parce que nos besoins sont nos petits rêves quotidiens. Ce sont nos petites choses à faire, qui nous projettent à demain, à après-demain, dans le futur; ces petits riens qu'on achètera la semaine prochaine et qui nous permettent de penser que la semaine prochaine, on sera encore vivants."

"Etre riche, c’est voir tout ce qui est laid puisqu’on a l’arrogance de penser qu’on peut changer les choses. Qu’il suffit de payer pour ça. Mais je ne suis pas riche. Je possède juste un chèque de dix-huit millions cinq cent quarante-sept mille trois cent un euros et vingt-huit centimes, plié en huit, caché au fond d’une chaussure. Je possède juste la tentation. Une autre vie possible. Une nouvelle maison. Une nouvelle télévision. Plein de choses nouvelles. Mais rien de différent."

Retrouvez revue de presse et présentation avec une interview de l'auteur de ce livre (RTL) sur le site de Lattès ICI!