Rosa Candida, d'Audur Ava Olafsdottir, Points 2012 (Zulma, 2010), 332 pages, 7.60€, 9782757822593.

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Résumé:

Le jeune Arnljótur va quitter la maison, son frère jumeau autiste, son vieux père octogénaire, et les paysages crépusculaires de laves couvertes de lichens. Sa mère a eu un accident de voiture. Mourante dans le tas de ferraille, elle a trouvé la force de téléphoner aux siens et de donner quelques tranquilles recommandations à son fils qui aura écouté sans s'en rendre compte les dernières paroles d'une mère adorée. Un lien les unissait : le jardin et la serre où elle cultivait une variété rare de Rosa candida à huit pétales. C'est là qu'Arnljótur aura aimé Anna, une amie d'un ami, un petit bout de nuit, et l'aura mise innocemment enceinte. En route pour une ancienne roseraie du continent, avec dans ses bagages deux ou trois boutures de Rosa candida, Arnljótur part sans le savoir à la rencontre d'Anna et de sa petite fille, là-bas, dans un autre éden, oublié du monde et gardé par un moine cinéphile. Rosa Candida a été récompensé par le Prix Page des Libraires 2010 (Europe), le Prix des libraires du Québec (Roman hors Québec) et le Prix des Amis du Scribe 2011.

 

Mon avis:

J'ai découvert ce livre grâce au book-club de Lyon autour du thème du voyage, et même s'il n'a pas été sélectionné comme lecture à choisir, le résumé m'avait séduite ! Je n'ai pas été déçue, il s'agit d'un très joli roman initiatique, à l'écriture délicate et à l'atmosphère soignée.

L'auteur, qui est une femme, réussit le tour de force d'écrire un roman du point de vue d'un jeune homme. Elle le fait avec justesse, sensibilité et humour. On suit donc le héros lors d'un voyage vers un pays éloigné de son Islande natale et caillouteuse, dans lequel il doit aller s'occuper d'une roseraie ancienne dans un endroit reculé. Le récit débute par son départ houleux, son arrivée ponctuée par une opération de l'appendicite, et son trajet romanesque jusqu'au monastère. Là, il est face à une solitude qu'il ne connapit pas encore, lui qui a grandit au sein d'une famille aimante. Le fantôme de sa mère récemment tuée dans un accident de voiture, ses souvenirs d'enfance, la nuit avec une jeune femme presque inconnue avec laquelle il a conçu une petite fille, tout s'entremêle dans son esprit en plein changement. Son amour des fleurs le conduit à s'éloigner des siens, mais cette distance le rapproche de sa mère disparue, de son père protecteur et de son frère handicapé. Ses sentiments naviguent entre les préoccupations d'un jeune homme dont l'avenir est une grande page blanche à remplir, et les prises de conscience d'une homme déjà père suite à un acte irréfléchi. Ce sont vraiment toutes ses pensées qui s'entrechoquent qui font le point fort de ce roman.

J'ai aimé cet aspect ambivalent de jeune homme qui vacille entre sa place de fils et de père. Sous nos yeux, ses sentiments sont à nu, mais tout est traité avec retenue et justesse. C'est un "livre-ambiance", un véritable conte comme savent si bien le faire les écrivains du grand froid, et j'ai vraiment été touchée par la métamorphose de ce jeune père, sa découverte de l'amour envers une femme, et envers sa fille. Les passages durant lesquels il s'émerveille des progrès de sa petite Flora Sol sont poignants et émouvants, et rendent les yeux humides! Bref, un petit coup de coeur que je n'oublierai pas de si tôt!

Un critique du Monde résumé tout à fait mon ressenti, mais avec de plus jolis mots que les miens:

"En quelques chapitres, Rosa candida se révèle un roman de la félicité et de l'amertume, de l'évidence et de l'indécision. Plongé dans un environnement qui lui est tout à fait étranger, les oreilles pleines d'un patois qu'il ne comprend pas, incompétent à tous égards, Arnljótur se laisse guider à la fois par une contemplation épurée des choses, et par le bouillonnement de ses angoisses, de sa sexualité et de sa solitude...
Son cheminement poétique, spirituel et charnel, entre les couches de Flora Sol, le désir d'Anna, le jardin d'un monastère sous le soleil et le lent écoulement des souvenirs est aussi délicat que fragile. Incontestable réussite littéraire, Rosa candida démontre qu'une grande subtilité s'énonce parfois simplement. Sa gourmandise de détails et de petits événements, dont la beauté aussitôt fanée nourrit la mémoire des personnages comme du lecteur, est contagieuse"
Nils C. Ahl, dans Le Monde du 8 octobre 2010.