Zouck, de Pierre Bottero, Flammarion, 2004, 155 pages, 7.50€, 9782081624467.

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Résumé:

Anouck, dite Zouck, a une passion : la danse. Qu'elle partage avec sa meilleure amie : Maiwenn. Jusqu'au jour où elle s'éloigne l'une de l'autre. Zouck, obsédée par l'idée de perdre quelques kilos superflus, se coupe du monde. De son côté, Maiwenn, follement amoureuse, devient de plus en plus distante

Mon avis:

Lire du Bottero, c'est à chaque fois replonger dans son écriture si sensible, juste, poétique et profonde avec le même plaisir. Zouck fait partie des livres non-fantastiques de Bottero, et il excelle dans ce domaine également. Bottero nous offre, dans ce court récit, une vision de l'intérieur du "chemin sombre" qu'est l'anorexie. Anouck, dite Zouck, 17 ans, est passionnée de danse classique. Elle se rêve étoile, légère comme l'air, éthérée... Mais la remarque d'un professeur reconnu sur son physique généreux va l'envoyer malgré elle dans un tourbillon de doutes, de souffrances, amplifié par la distance que prend sa meilleure amie. 

La force de ce texte est qu'il nous montre sans artifice, et sans forcer le trait comment du point de vue de cette jeune fille, tout semble choisi, contrôlé, espéré, dans cette chute aux enfers. Anouck décide de ne pas se laisser faire, de ne pas souffrir à cause des autres, et pour marquer cette prise de puissance, elle inflige son désir de perte de poids à son corps soumis. Sa famille est très présente, mais malgré cela, l'absence d'écoute de sa meilleure amie, tombée folle amoureuse d'un quadra assez suspect, la fera sombrer. Les personnages secondaires sont un autre point fort car ils apportent chacun une réflexion sur divers sujets liés à l'adolescence : les parents aimants, la soeur fragile, la meilleure amie insouciante, la prof de danse attentive...

La plume poétique de Bottero donne du relief aux pensées de Zouck, et tout est écrit avec pudeur et justesse, mais aussi avec force. Ce roman poignant provoquera très certainement des réflexions poussées chez les adolescents qui le liront, dès 14 ans, mais constitue aussi une bonne lecture pour les adultes sur ce sujet sérieux, souvent difficile à appréhender à travers la littérature sans tomber dans la caricature ou le pathos. Bref, une vraie belle découverte une fois de plus.


Quelques extraits:

"La musique était une onde qui me portait. Toujours plus haut. Je me sentais légère, presque éthérée. J'avais la sensation que mes gestes pouvaient s'affiner jusqu'à devenir parfaits, que le concept d'harmonie devenait accessible. Chaque mouvement me libérait du poids d'un souci, d'une rancoeur, je n'étais plus qu'équilibre et envol"

 

"Savez-vous ce que ressent un oiseau lorsqu'un chasseur lui tire dessus, lorsque son corps percé de mille blessures ne lui répond plus, lorsque ses plumes arrachées par les plombs tournoient dans le ciel autour de lui, lorsque ses ailes brisées pendent, inutiles ? 

Il souffre.

Il souffre et il tombe."

 

"J'allais vraiment m'alléger, devenir si forte que plus rien ne pourrait m'atteindre, et alors je pourrais vraiment danser."

 

"Manger si peu m'a fait un bien fou. Mon estomac, maté, mieux, apprivoisé, n'a pas émis de protestations. Au contraire, il m'a semblé que des ondes positives partant de mon ventre se diffusaient dans tout mon corps et j'ai eu un petit frisson d'impatience en imaginant la balance qui m'attendait à la maison."


Ce livre a été lu dans le cadre du challenge "Jacques a dit" créé et organisé par Métaphore, sur le thème du mois :

"un roman commençant par la lettre Z".

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