Une planète dans la tête, de Sally Gardner, Gallimard Jeunesse, 2013, 256 pages, 14.90€, 9782070650415.

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Résumé:

Je me demande si...
Si le ballon de foot n'était pas passé par dessus le mur.
Si Hector n'était pas allé le chercher.
S'il n'avait pas gardé l'abominable secret pour lui.
Si...
Alors, je me raconterais sans doute une autre histoire.
Voyez-vous, les "si" sont comme les étoiles, innombrables.

Depuis que ses parents ont du fuir la répression d'un gouvernement brutal, Standish vit avec son grand-père dans la "zone7", celle des impurs, privés de tout, surveillés en permanence... Dyslexique, il subit a l'école brimades et humiliations jusqu'au jour ou il se lie d'amitié avec son nouveau voisin, Hector. Ensemble, ils rêvent de s'évader sur Juniper, la planète qu'ils ont inventée. Mais Hector et ses parents disparaissent sans laisser de trace... Ont-ils été supprimés?

Mon avis:

Voilà un livre qui va faire parler de lui, et c'est d'ailleurs déjà le cas à l'étranger où sa sortie a été saluée par de nombreux prix, et d'élogieux commentaires des plus grands. En ce qui me concerne, je suis totalement partagée par ce livre, et je vais tenter d'expliquer pourquoi. Tout d'abord, je ne vais pas m'étendre sur l'intrigue elle-même, ce livre est court, composé de 100 chapitres qui se lisent d'une traite, et vous vous ferez aussi vite votre avis en le lisant. De plus, il n'est pas évident à résumer, ce qu'en dit l'éditeur est suffisant.

Le thème principal du roman, à travers l'univers uchronique d'une sorte d'Allemagne qui serait restée sous le joug du totalitarisme, est la capacité de l'être humain à résister face à l'injustice et l'oppression. Standish et son grand-père ont, jusqu'à l'arrivée de leurs nouveaux voisins, quelques secrets bien gardés qui leur permettent de se sentir un peu "libres" dans ce pays où tout est sous surveillance. Un événement et une rencontre inattendus viennent bouleverser leur quotidien, et c'est le cheminement intellectuel de Standish que nous découvrons essentiellement. Ce qui m'a le plus déstabilisée, c'est que la dyslexie de Standish, présentée comme un élément important, n'est finalement pas très présente, en dehors de quelques mots "malformés" et de sa mise à l'écart à l'école. De la même façon, la planète "Juniper" dont on parle dès le résumé n'est pas non plus très présente, hors je m'attendais à lire un roman traitant de la manière dont l'imagination permet de résister à l'oppression. Or ce n'est pas cela que j'ai ressenti le plus fortement à ma lecture. La réflexion se porte plus sur l'injustice et les mensonges, et la manière qu'a Standish de résister face à cela. Et j'ai trouvé qu'il était en fait bien plus dans l'action, témoignant d'un courage certain, que dans l'imaginaire et la rêverie.

Vous trouverez un avis très bien construit sur ce roman, à travers une lecture intelligente de sa couverture, sur le blog de Nathan.

Concernant mon avis mitigé, voilà la raison : En tant qu'adulte, et ayant fait des études d'Histoire, ce roman me paraît porteur de messages forts, parfois violents, mais justes. Il peut entraîner de profondes réflexions de la part de ses lecteurs, et à cela s'ajoute une écriture qu'il serait également intéressant d'étudier. Je suis donc certaine de l'accueil favorable et emballé des adultes, notamment professeurs, éducateurs, bibliothécaires ou libraires. Cependant, ce même style, le thème difficile et traité de manière assez déstabilisante, avec un héros complexe, risque, de mon point de vue, de perdre les jeunes lecteurs (14/18 ans). D'ailleurs, les avis croisés sur les blogs vont dans ce sens : globalement, le livre séduit les adultes, et ennuie ou dérange les ados. Je n'aime pas forcément faire ce genre de séparation, mais je crois que ce roman sera un cas intéressant dans ce domaine. En tant que libraire, par exemple, parmi les jeunes clients avec lesquels je partage souvent des avis de lecture, je ne vois pas vraiment à qui le conseiller. En revanche, il sera très demandé, j'en suis certaine, par les collectivités et les CDI... Il se démarque en tout cas de la production littéraire jeunesse qui a tendance à privilégier l'action à la réflexion (en terme de quantité j'entends, pas en qualité). Mais le "mystère" est resté bien caché pour moi jusqu'à la fin du livre, et la découverte du pot-aux-roses a été une réussite et un bon moment dans ma lecture !

Affaire à suivre donc, et n'hésitez pas un instant à me donner votre avis à ce sujet en commentaire. 

Vous l'aurez compris, ce livre est à la fois bouleversant, complexe et déstabilisant, et je ne peux que vous en conseiller la lecture, car rares sont les livres qui donnent à ce point envie d'échanger ses points de vue, de débattre, d'analyser, de le relire même pour en extraire toute la richesse. (Dès 14/15 ans tout de même, quelques scènes me semblent brutales pour le lectorat collégien).


Cette chronique fait partie de mon partenariat avec Gallimard Jeunesse - On lit plus fort ! Merci encore à cette maison d'édition pour ce partenariat, qui fut une fois de plus une intéressante découverte.

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