Revanche, de Cat Clarke, Robert Laffont (Collection R), 2013, 491 pages, 18.50€, 9782221136447. 

9782221136447FS

Résumé:

Kai et Jem sont inséparables. Jem aime secrètement son meilleur ami, qui serait l'homme idéal s'il ne préférait les garçons... À la fin d'une soirée d'ivresse chez des amis communs, Jem rentre seule chez elle, Kai demeurant étonnamment introuvable. C'est le lendemain que tout bascule : la jeune fille reçoit un email de la part de ce dernier, avec en pièce jointe une vidéo de lui en compagnie d'un garçon qu'il a trouvé postée sur Internet. Cette vidéo plus que compromettante est très vite partagée par tout le lycée et Kai reçoit une salve d'e-mails agressifs qu'il ne peut bientôt plus supporter. Lui qui n'avait pas encore fait son coming out finit par craquer et se suicide... À la suite de ce drame, Jem prend trois résolutions : découvrir la vérité, venger son ami et se suicider elle aussi. Alors qu'elle mène sa petite enquête, elle reçoit un jour une lettre anonyme contenant trois noms : ceux des responsables. Sans hésitation, Jem abandonne son look gothique et décide d'approcher ces garçons. Mais sont-ils réellement les coupables ?

Mon avis:

Cat Clarke frappe encore un grand coup avec ce roman fort et brutal sur les tourments de l'adolescence et l'homophobie. Elle traite de manière originale et particulièrement touchante la force destructrice des différentes facettes de la haine. Que ce soit à travers le suicide de Kaï qui ne supporte pas la façon dont son amour est sali, ou dans la descente aux enfers de Jem qui cherche à le venger, on est frappé de plein fouet par la puissance de ce texte.

Le résumé ci-dessus donne l'essentiel de l'intrigue, sans pour autant gâcher la lecture, car ce sont bien les sentiments des protagonistes qui sont le véritable sujet du roman. Jem partage avec le lecteur la profonde tristesse dans laquelle la mort de son ami la plonge, une tristesse sans fond, dont seule la mort pourrait la délivrer. Sa seule raison de vivre, encore un peu, sera de chercher qui sont les responsables du suicide de Kai, et de les faire souffrir autant qu'il a souffert. 

Bien sûr, pour cela elle va dépasser ses limites, allant même jusqu'à se changer elle-même en quelqu'un d'autre, qu'elle ne veut pas être, mais qu'elle est peut-être malgré tout. Elle se sent encouragée par les lettres que Kai lui a laissé, à ouvrir tous les mois après sa mort pendant un an. C'est au rythme de ces lectures émouvantes, tendres et parfois drôles, que la métamorphose s'opère. Mais après cette année à ruminer sa vengeance, Jem va-t-elle devenir papillon et voler vers sa propre vie, ou va-t-elle mourir étouffée dans sa rancoeur, incapable de dépasser ce sentiment de haine qui a nourrit son quotidien? Ces lettres permettent aussi de faire du jeune homme un personnage central du livre, bien qu'il soit déjà mort quand l'histoire commence. On le découvre à chacun de ses mots et à travers le regard de Jem : il est d'une humanité, d'une simplicité et d'une gentillesse désarmantes, ce qui rend son destin d'autant plus tragique. Il souhaite plus que tout aider Jem à dépasser son chagrin, et "Revanche" est également en cela un magnifique hymne à l'amitié.

Découvrez vite ce roman intense, que vous ne lâcherez pas facilement, et qui trottera dans votre tête un moment encore... Après "Cruelles", je retrouve dans "Revanche" le style percutant de l'auteur, avec en plus un sujet de fond d'actualité traité de manière à faire vraiment réfléchir les lecteurs, à partir de 14 ans. Au-delà de la souffrance et du suicide de Kai, je trouve que le personnage de Jem est lui aussi porteur d'une idée forte : la haine n'est pas la réponse à la haine.