Journal d'un garçon, de Colas Gutman, Ecole des Loisirs, 2008, 147 pages, 8.70€, 9782211091862.

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Résumé (extrait):

16 septembre : La belle au bois dormant est sortie du couloir. Je me suis renseigné. Elle s’appelle Lisa Tapir, elle est en terminale A3 théâtre, autant dire inaccessible pour un seconde 6 indéterminé. Elle ne m’a pas vu tout de suite. Je lui ai tenu la porte et je lui ai dit : Ils pourraient faire des portes moins bruyantes, en mettant des gongs plus souples ! J’ai repensé au test de ma soeur pour savoir quand on tombe amoureux : coeur qui bat plus vite, main anormalement moite, volonté de faire des phrases très compliquées pour faire style (voir plus haut), impression de ne pas avoir le bon tee-shirt, le bon pantalon, les bonnes chaussures. En fait d’être un plouc face à la personne la plus belle que vous ayez jamais rencontrée. Je me suis dit que je répondais positif à toutes les questions du test. 

16 septembre (soir) : Flo est roulée en boule sur le canapé, comme un petit chat. J’ai passé un pacte avec elle.Au lycée, on ne se parle pas, c’est un peu elle qui l’a décidé. Devant la télé, par contre, on peut parler, surtout elle. – T’as vu comment il ressemble au capitaine Igloo ! Un vieux marin observe une mouette devant la Pointe du Raz (Bretagne). – Tu les connais, toi, les A3 théâtre ? – Non, je ne connais pas Lisa Tapir, si c’est ta question. Mais je crois que c’est une pute ! Je regarde la mer qui s’agite derrière le capitaine. Je voudrais que ma soeur s’y noie comme un petit chat. 

17 septembre : Cédric affirme : ceux qui tiennent des journaux intimes sont a) des filles, b) des pédés, c) des filles-pédés. Mon père semble d’accord. En matière de psychologie, les deux atteignent des sommets. 

Mon avis:

Le Journal d'un garçon, c'est un peu le journal d'Aurore vu de l'autre côté du miroir. Le même humour sarcastique et désopilant, la même mauvaise foi adolescente, et les mêmes préoccupations quotidiennes. En lisant ce journal, j'ai pensé à Marie Desplechin (Le journal d'Aurore, Le bon Antoine ...), à India Desjardins (Le journal d'Aurélie Laflamme), à Louise Rennison (Le journal intime de Georgia Nicolson), au Journal d'un dégonflé... Bref, que du bon, du drôle et de l'émouvant. 

Le quotidien de Paul, jeune élève de lycée (mais à lire dès le collège!), est celui d'un ado ordinaire, pas trop mal dans ses baskets, mais pas totalement sûr de lui non plus. Il tombe amoureux d'une fille plus âgée et très populaire, et se retrouve un peu désemparé et désarmé face à cela. On le suit toute l'année, et on rit au ryhtme de ses gaffes, de ses maladresses, de ses sursauts de maturité... Colas Gutman joue avec les émotions des ses héros (et de ses lecteurs par ricochet) avec une finesse éblouissante. En toute discrétion, et sans aucune prétention, le fond devient profond, même quand le propos paraît léger. Un vrai magicien des mots, facile à lire, mais riche, qui permet à tous les lecteurs, "bons" ou "moins bons" de se faire plaisir, avec une littérature de qualité. Si vos enfants ont du mal à dépasser Tom Gates et Big Nate, que vous voulez les inciter à lire un livre un peu plus dense (comprendre sans images!) et mieux écrit, ce petit roman est fait pour eux. Dès le milieu du collège, vers 13 ans, les lecteurs (filles comprises) seront charmés par ce héros si banal, et dévoreront ce petit livre à toute allure.

Je profite de cette chronique pour vous encourager à découvrir les autres romans de Colas Gutman, publiés à L'Ecole des Loisirs, et qui s'adressent même aux tous jeunes lecteurs, dont l'excellent mini roman "L'Enfant" (Prix Sorcières Premières lectures 2012), l'émouvante "Rose" (existe en CD, incontournable pour les enfnats atteints de troubles du langage, qui le liront ou l'écouteront avec intérêt), et l'hilarant "Chien pourri" (et tant d'autres, filez voir ça de plus près ICI !).