Tant que nous sommes vivants, d'Anne-Laure Bondoux, Gallimard Jeunesse, 25 septembre 2014, 298 pages, 17€, 9782070653799.

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Couverture provisoire (par Hélène Druvert)

Résumé:

Folle amoureuse de Bo, l’étranger, Hama est contrainte de fuir avec lui. Commence alors pour eux un fabuleux périple à travers des territoires inconnus. Leur amour survivra-t-il à cette épreuve? Parviendront-ils un jour à trouver leur place dans ce monde?

Mon avis:

Un livre signé Anne-Laure Bondoux, c'est pour moi la promesse d'un coup de coeur. Toujours surprenante, elle sait trouver des thèmes originaux et les aborder avec finesse grâce à des mots justes et pleins de poésie. Mon grand coup de coeur a été "Pépites" (plus d'infos ici), mais ses autres livres, publiés jusque-là chez Bayard, sont tous à découvrir. Quel plaisir donc de la retrouver chez Gallimard, après quelques années d'absence.

Dans ce nouvel ouvrage, Anne-Laure Bondoux nous offre un récit initiatique riche et ample, où l'on suit deux personnages simples et complexes à la fois, durant une grande partie de leur vie. Tout cela est raconté par un point de vue extérieur, celui de leur fille Tsell, mais on ne le sait pas au début, et on a l'impression que c'est une entité abstraite, peut-être l'amour qui les lie, qui parle d'eux. Cette histoire, bien que située dans une période qui pourrait être la fin du XXè ou le début du XXIè siècle, semble intemporelle, et devient au fil des événements un véritable conte, une fable même... Mélange de mythologie et de spiritualité diverses, imprégnée d'éléments actuels modifiés, "échos déformés de notre monde contemporain", comme le dit l'auteure elle-même, cette histoire d'amour ne ressemble à aucune autre, et mélange avec brio différents tons et différents genres.

Bo et Hama s'aiment depuis leur premier regard, et cet amour comble leur vie, jusque-là dépouillées de tout ce qui apporte le bonheur. Le travail à l'usine est épuisant et leur vole leur jeunesse. Et puis l'accident arrive, les marquant à vie, dans leur corps et leur tête. Le départ s'impose, et ils quittent leur ville, marchant vers un inconnu plein de surprises.

Les différentes parties du livre sont le reflet de ces lieux, et chacun d'eux est d'une originalité folle. L'histoire glisse du récit initiatique au conte fantastique, mêlant imaginaire et réalisme avec brio. Impossible de décrire l'atmosphère de leur refuge dans la forêt, ni de vous parler des curieux habitants qu'ils rencontreront là... Puis à nouveau le départ s'impose, et une nouvelle vie commence, dans un nouveau havre de paix. Tsell grandit, ses parents changent, et une rencontre vient tout changer pour elle. L'histoire bascule alors vers ce personnage attachant, cette "enfant  de l'amour et de la haine, l'enfant maudit du forgeron et de la femme sans mains", qui se cherche et souhaite découvrir pourquoi elle est différente. Le départ vers l'inconnu est comme un retour en arrière sur les traces de ses parents. Elle retourne là où ils se sont réfugiés, de nombreuses années auparavant, et y trouvera elle aussi un lieu où elle vivra une sorte de renaissance. Et comme ses parents, elle devra repartir vers sa vie, quitter ce lieu si cher à son coeur, car "ce qui protège finit par affaiblir" comme le dit la très sage Quatre (figure à découvrir!).

Ce livre est une succession de chapitres dont les titres sont des contraires, et ce rythme binaire traverse tout le récit. Anne-Laure Bondoux nous fait évoluer en équilibre sur un fil, entre toutes ces oppositions. Des répétitions parsemées au fil du texte, comme des dialogues invisibles entre les gens et les époques du récit, soulignent encore plus ce mouvement de métronome. Tic Tac Tic Tac, ainsi va la vie... "Faut-il toujours perdre une part de soi pour que la vie continue?"

Il est difficile de parler de ce livre (je m'excuse pour cet avis décousu), mais il faut le lire pour en saisir l'essence et s'en imprégner. Il faut du temps pour ensuite le digérer, en apprécier tout le contraste et en découvrir les sens cachés. La plume d'Anne-Laure bondoux est de retour pour notre plus grand plaisir, toujours aussi travaillée, fluide et imagée. Les lecteurs dès 13 ans sauront l'apprécier, mais les plus âgés aussi, et je ne peux qu'insister sur le fait que les adultes ne doivent pas passer à côté de cet ovni de la littérature jeunesse.

"Tant que nous sommes vivants" est un livre intemporel, avec un univers unique et des figures singulières; un hymne à l'amour, à la vie, à nos âmes d'enfants. Tout comme ses personnages, les mots d'Anne-Laure Bondoux sont vivants; les pages résonnent des battements de leur coeur.

Un petit mot sur la couverture d'Hélène Druvert, qui est sublime et qui reflète, par la technique et les images, toute l'âme du roman, le cheminement de plusieurs vies, dans plusieurs mondes... J'adore! Je pense (et espère) qu'elle ne changera pas beaucoup pour la version définitive, tant elle devient indissociable du récit une fois le livre lu.


Cette chronique fait partie de mon partenariat avec Gallimard Jeunesse - On lit plus fort ! Merci à cette maison d'édition pour cet envoi qui fut un coup de coeur comme le sont toujours les romans de cette auteure !

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