Mon père est parti à la guerre, de John Boyne, Gallimard Jeunesse, 25 avril 2014, 288 pages, 12.90€, 9782070658831.

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Résumé:

28 juillet 1914. Le jour ou la guerre éclate, le père d'Alfie promet qu'il ne s'engagera pas. Et rompt sa promesse le lendemain. Quatre ans plus tard, Alfie ignore ou il se trouve. Est-il en mission secrète comme le prétend sa mère ? Alfie veut retrouver son père.

La première guerre mondiale vue a travers le regard d'un jeune héros qui nous transporte dans sa bouleversante aventure.

Mon avis:

En matière de roman jeunesse sur la guerre, John Boyne n'est pas un novice. Son très célèbre, et très étudié "Garçon au pyjama rayé" est un classique du genre, et a même été adapté au cinéma. Dans ce nouvel ouvrage, John Boyne traite de la Première Guerre Mondiale à travers un angle intéressant, original, et toujours lié à un petit garçon. Nous découvrons à travers les yeux d'Alfie (même si le récit est à la troisième personne, c'est bien son point de vue qui domine), la Grande Guerre du côté de ceux qui restent en Angleterre et qui attendent le retour des êtres aimés. L'auteur aborde le sujet difficile des troubles psychologiques liés à l'horreur des tranchées que les survivants seront nombreux à développer. Du cauchemar récurrent à la folie profonde, rien n'est simple à expliquer et à soigner.

En choisissant de confronter la naïveté d'un jeune garçon de 5 ans à la bêtise de la guerre, en faisant se heurter l'innocence à la violence des combats, John Boyne offre une vision au contraste saisissant de ce conflit historique. En Angleterre, les jeunes hommes partent, comme ailleurs, faire leur devoir, en pensant que les combats ne dureront pas. Mais c'est une longue séparation qui attend les familles, et le petit Alfie, de 5 à 9 ans, va grandir sans son père à la maison. Il va tant bien que mal tenter de grandir normalement, de participer à la vie de son foyer, maintenant qu'il est l'"homme" de la maison. Là encore, le contraste de ce jeune esprit qui se construit avec celui de son père qui est détruit par les horreurs de la guerre est fort et marquant.

Nous suivons donc Alfie, sa famille et ses proches, dans un portrait très réaliste, touchant et émouvant, de ce que furent ces années rudes en Angleterre. A la maison, dans sa rue où se cotoient des personnages variés et représentatifs des positions politiques d'alors, à la gare ou à l'hôpital, Alfie cherche à savoir où est son père. Il mène sa petite enquête, le retrouve et tente de l'aider, à sa manière. J'ai particulièrement aimé le fait que les lieux soient peu nombreux, et qu'on se sente totalement intégré au récit, comme si nous regardions tout cela depuis notre fenêtre de Damley Road. De même, on (re)découvre des figures mises de côté trop souvent quand on parle de 14-18 : Les expatriés rejetés, les objecteurs de conscience, les traumatisés ...

Ce roman est simple dans sa construction, mais bien travaillé dans le style, notamment grâce à la présence des digressions loufoques et comiques d'Alfie et aux propos décousus de son père qui donnent tous deux un supplément d'âme à ce qui serait sinon un récit banal. On retrouve dans Alfie un peu de la fraîcheur de "La Guerre des Boutons", ou de "La Vie est belle", avec ces réflexions d'enfants pleines de candeur et d'innocence.

Au fil des pages, nous sommes frappés par la fragilité de l'Homme, et nous découvrons que pour survivre dans ces temps cruels, rien ne vaut la force des sentiments. On ne peut qu'être touchés par les personnages de ce roman, qui portent le plus beau des messages, une réponse universelle qui devrait être celle qui nous pousse à faire parfois des choses folles : "Pour la meilleure raison du monde, par amour".


Cette chronique fait partie de mon partenariat avec Gallimard Jeunesse - On lit plus fort ! Merci encore à cette maison d'édition pour ce partenariat, qui fut une très belle rencontre avec Alfie et Georgie.

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