Sujet : Tragédie, d'Elizabeth LaBan, Gallimard Jeunesse, 2014, 320 pages, 16.50€, 9782070656561.

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Résumé:

Dans un internat privé près de New York, deux adolescents se retrouvent les héros involontaires d'une tragédie moderne. Amour impossible ou fragile, difficultés à s'accepter, choix cruciaux : de leurs récits croisés surgit une histoire poignante où suspense, humour et sentiments se mêlent avec brio.

Mon avis:

Ce roman a été une sympathique découverte, même si j'ai rencontré pas mal d'éléments un peu décevants au fil de ma lecture.

Commencons par les bons points:

- L'agencement du récit est intéressant et relativement original. Duncan entre en dernière année de lycée à Irving et reçoit, comme c'est la coutume, un "cadeau" de la part de l'ancien occupant de sa chambre d'internat. Dans son cas, il va découvrir ce que Tim, un albinos ayant vécu un événement tragique l'année précédente, et auquel il semble lié lui aussi, lui a laissé. Il s'agit d'enregistrements sur CD de Tim, lui racontant comment tout est arrivé. On découvre de façon entremêlée l'année de Duncan et l'année de Tim, même si avouons-le, l'histoire de Tim prend plus que largement le dessus. 

- Le personnage de Tim, et notamment sa rencontre et sa relation originale et attachante avec Vanessa, sort de l'ordinaire. On ne suit pas souvent de héros albinos, et découvrir son point de vue est très intéressant. Le regard des autres (et de lui-même) sur sa différence est très bien représenté, et on pense à "Wonder" par exemple, ou à tous les romans traitant de la différence physique ou raciale.

-La première partie du récit est très bien écrite, et pleine de suspense. On a envie d'en découvrir plus sur ces deux jeunes garçons, et j'ai aimé ce double point de vue masculin, même si Tim, grâce à la première personne et à sa particularité physique, domine l'ensemble. Les lecteurs masculins auront plaisir à vivre un roman écrit de cette manière, tant les figures féminines sont présentes dans les romans jeunesses ces temps-ci.

Du côté des déceptions:

-J'ai vraiment trouvé dommage ce déséquilibre entre Duncan et Tim, au point qu'on a du mal à s'attacher à Duncan, et à vivre ses difficultés avec compatission. 

-Les personnages secondaires sont tous assez clichés, entre la jeune ado hyper belle, tolérante, intelligente mais trop dévouée à son amoureux du moment, et le petit copain sportif, sans cervelle, méchant, manipulateur et lâche, on a l'impression à certains moments de regarder un mauvais feuilleton américain.

-La fin, qui en a séduit certains, m'a laissée assez indifférente. Elle se veut "choc" mais pour moi, c'est tombé à plat. Non pas que l'idée soit mauvaise, mais la façon dont le tout est mené semble bâclé, ou trop peu réfléchi. Et je ne vois pas trop en quoi cet événement peu à ce point toucher Duncan, qui ne me semble concerné que de loin par cet épisode...

- Le thème récurrent de la tragédie n'est pas assez développé. Il s'agit du sujet de dissertation incontournable de la dernière année à Irving, proposé par un prof loufoque et passionné, qui déstabilise Duncan. Evidemment, il colle à la perfection à ce qui se passe sous nos yeux lors du roman, mais les clins d'oeil sont parfois trop pesants, ou à l'inverse parfois trop peu développés. Bref, là encore je regrette le manque de dosage et de finesse de l'auteur, qui est certainement à mettre sur le compte de ses débuts.

Pour conclure, et malgré mes critiques, ce roman est assez prometteur pour l'auteur, dont je suivrai les publications, pour voir si les reproches que j'ai à son encontre s'estompent avec le métier (en même temps, je critique alors que je serais bien incapable d'en faire autant!). Ce roman est tout de même très prenant, et bien écrit. On le lit avec plaisir d'un bout à l'autre, et les sujets abordés parleront aux adolescents d'aujourd'hui. Les avis étant très partagés sur la toile, je ne peux que vous encourager à le lire, pour vous faire votre propre opinion. L'éditeur le rapproche des romans de John Green, mais pour ma part je lui trouve plutôt des ressemblances avec les Cat Clarke, en moins intense et percutant, mais tout aussi intelligent. Bref, un roman original qui peut plaire à bon nombre de ses lecteurs, dès 12/13 ans.